02/01/2007

Craintes liées à la rentabilité de la filière éthanol

 

Les craintes liées à la rentabilité de la filière éthanol prennent de l'ampleur du fait d'un contexte atypique des marchés. Le développement de la filière biocarburant est-il durable ? L'avis d'Hélène Morin, spécialiste biocarburants au sein d'Agritel *.

 

Les craintes liées à la rentabilité de la filière éthanol sont-elles fondées ?

 


H.M. On assiste, depuis le début de la campagne 2006, à une forte hausse des cours des matières premières notamment du blé et du maïs, avec une progression des cours de plus de 50 % depuis le début de la campagne 06/07. En parallèle, depuis le 14 juillet, les cours du pétrole ont chuté de 25 %. Cette divergence inquiète logiquement un bon nombre d'acteurs. Mais la filière biocarburant est naissante, elle n'est pas encore à maturité et continue d'être très soutenue que ce soit à l'échelle nationale ou européenne. Les marchés ne sont donc pas la seule composante de la rentabilité.

Avec la défiscalisation, l'autre critère fondamental de rentabilité est le maintien des protections à nos frontières et plus largement à celles de l'Union Européenne. D'après nos estimations, les exportations d'éthanol du Brésil représentent 3 fois le volume de la production européenne. Si les mesures de protection disparaissent, rien qu'à la vue de ces chiffres, on peut imaginer le risque d'envahissement sur nos marchés !

 

Dans ce contexte, les prix à la production ne risquent-ils pas de constituer la variable d'ajustement ?

 


H.M. Les agriculteurs seront intégrés dans le modèle global de rentabilité de la filière éthanol, tout comme les organismes stockeurs, les industriels, les pétroliers… Chacun devra tirer avantage des facteurs d'ajustements qui lui sont proposés. Les producteurs doivent compter avec les aides mises en place dans le cadre de la PAC et notamment l'Aide aux Cultures Energétiques (ACE). D'un montant de 45 €/ha, elle leur offre une souplesse sur la valorisation du « blé éthanol » de 5,60 € la tonne. Rapportée à nos cotations actuelles (142 €/t de blé rendu Rouen) et en se basant sur un rendement moyen de 8 q/ha, elle apporte un complément de 4 % du prix actuel.

 

A plus long terme, quelles sont les perspectives d'amélioration de la rentabilité de la filière ?

 


H.M. De nombreux espoirs résident dans la valorisation de la tonne de CO2. Même si les chiffres sont très contradictoires, la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans la filière éthanol peut être envisagée et les industriels prennent déjà en compte cette variable dans leurs calculs de rentabilité. Actuellement, la tonne de CO2 économisée est valorisée à 7 € (sur le marché de Powernext Carbon) mais les prix ont déjà grimpé à 30 €/T. Cette prime apportera une nouvelle souplesse dans l'équation de rentabilité de la filière.

L'autre chance, pour la filière éthanol, c'est l'arrivée des fonds de pension. Ces institutions financières qui se positionnent de plus en plus sur les marchés des matières premières agricoles, contribuent à une amélioration de la corrélation entre les cours du pétrole et ceux des produits agricoles, comme cela commence à être le cas aux États-Unis.

 

 

17:54 Écrit par Vincent dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rentabilite |  Facebook |