09/02/2007

Washington compte sur l'éthanol brésilien pour isoler Chavez

Washington compte sur l'éthanol brésilien pour isoler Chavez

 

En cherchant à obtenir un accord sur ce biocombustible, les États-Unis espèrent réduire leur dépendance vis-à-vis du pétrole vénézuélien.

 
Il Y A ENCORE cinq ans, parler de l'éthanol comme énergie du futur faisait passer pour un doux rêveur, surtout au Brésil. Le géant latino-américain s'était enthousiasmé pour les véhicules à alcool dans les années 1980, mais il en était revenu. Des innovations technologiques dans la production du biocombustible et dans les voitures ont changé la donne : en ce début 2007, près de la moitié des nouvelles immatriculations brésiliennes sont des voitures flex (pouvant rouler aussi bien à l'éthanol qu'à l'essence) et le Brésil se prend à rêver d'être l'« Arabie saoudite verte » de demain. Car non seulement l'éthanol est moins cher, mais il est surtout beaucoup moins polluant.
 
C'est dans ce contexte que deux émissaires américains de haut niveau - le sous-secrétaire d'État Nicholas Burns et l'émissaire en charge de l'hémisphère occidental, Thomas Shannon - sont venus en mission à Brasilia pour tenter d'obtenir un accord sur l'éthanol. Il aurait pour avantage de relancer la coopération commerciale entre les deux principales puissances économiques d'Amérique. Alors que le projet de zone de libre-échange des Amériques, de l'Alaska à la Patagonie, voulu par George Bush, a été définitivement enterré fin 2005 - notamment par les soins du Brésil - la Maison-Blanche cherche une façon de revenir dans la région. Mais surtout, ce traité pourrait réduire la dépendance énergétique vis-à-vis du Venezuela, qui exporte les quatre cinquièmes de son pétrole vers les États-Unis, et contribuer ainsi à isoler le président Hugo Chavez.
 
« Double discours »
 
« Nous voulons freiner notre dépendance au pétrole dont souffre mon pays ainsi que d'autres dans la région, (...), et diversifier nos sources d'énergie parce que le pétrole a pour habitude de provoquer une distorsion négative dans le pouvoir de certains états », a ainsi déclaré Nicholas Burns à l'agence Reuters sans mentionner le Venezuela. Au même moment, la secrétaire d'État Condoleezza Rice assurait à Washington qu'Hugo Chavez « détruisait économiquement et politiquement son pays ».
 
Pour le Brésil, un accord avec les États-Unis qui déboucherait sur l'introduction de l'éthanol dans d'autres pays (l'Europe oblige déjà les voitures à inclure un pourcentage de biocombustible dans son essence) pourrait dégager d'énormes potentiels. Le Brésil est le plus grand producteur d'éthanol au monde, mais aussi le plus compétitif, l'alcool étant issu de la canne à sucre : le galon d'éthanol (3,78 litres) coûte 0,83 dollar, contre 1,09 aux États-Unis et 1,2 en Europe. Les exportations, encore timides, explosent : elles ont plus que doublé par rapport à l'année dernière. Mais les ventes d'éthanol, comme l'ensemble des produits agricoles brésiliens, butent sur les barrières commerciales dressées par les États-Unis et l'Europe, ce qui pousse Brasilia à accueillir prudemment les propositions américaines.
 
Des hauts fonctionnaires du gouvernement de Luiz Inacio Lula da Silva tout comme les industriels de la canne à sucre avouent leur agacement face à ce qu'ils considèrent comme un « double discours » des États-Unis et de l'Europe. Mercredi, le ministre des Affaires étrangères, Celso Amorim, a tenu à spécifier par ailleurs que le Brésil n'entrait dans aucune alliance contre Caracas : « La bonne politique, ce n'est pas celle de l'isolement, mais du dialogue », a-t-il conclu.

16:51 Écrit par Vincent dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bresil |  Facebook |

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